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La chose artistique

30 avril 2008

Sauver la culture?

La chose artistique (suite)...

Sauver la culture?

Mais à quoi bon puisque nous sommes tous des artistes?

tous des artistes.com, c'est le nom choisi pour le site internet qu'Hewlett-Packard consacre à sa nouvelle campagne promotionnelle.

Avec ce slogan Révélez l'artiste qui est en vous.

En fait un banal concours d'amateurs : "votre photo à la une du magazine Photo; vos vidéos diffusées sur la chaîne W9; vos créations graphiques publiées dans Technikart

En prime une série de spots, plus ou moins rigolos

* * * * *

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Puisque je vais désormais m'intéresser à la question de l'imposture, je parlerai peut-être aussi de l'imposture artistique assez bien illustrée par ce coup de pub dans l'air du temps.

* * * * *

Remarque sur les nouvelles (fâcheuses?) orientations de ce blog

Ce blog a été ouvert le 20 septembre 2004.

Il a été consacré, pour l'essentiel, à la mise en oeuvre des deux lois (2002 et 2006) permettant aux collectivités publiques de créer des établissements publics de coopération culturelle (EPCC).

Ces informations ont suscité l'intérêt de quelques personnes; elles restent donc ici archivées de même que quelques considérations sur les politiques culturelles, les débats autour d'icelles et certains aspects de la vie administrative (sans oublier quelques traits d'humeur ou d'humour).

Il n'est pas exclu que ce journal se consacre désormais à de nouveaux centres d'intérêt.

* * * * *

Lire en diagonale, penser de travers, écrire à bâtons rompus.

(Germaine Destrigaux, Des horizons dérisoires, Calmann Levy,1936)

Tous ceux qui voudront traiter séparément de la lutte des classes et de la guerre des sexes ne comprendront jamais rien, ni à l'une, ni à l'autre.

(Kurt Schlumberger, Contribution à une sociologie de la radicalité, trad. française Félix Alcan, 1912).

Croire dure comme faire.

(Bienheureuse Solange de la Sainte Trinité, Lettre à son directeur spirituel Editions du Cerf, 1958)

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09 décembre 2007

Les origines des arts de la rue?

Macarena 21
Vidéo envoyée par ep2c

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11 septembre 2007

Apreté des échanges en milieu théâtral

Images

La première note de ce blog date du 20 septembre 2004

En voici le début.

ARTICLE PARU dans LIBE le 16 septembre 2004
Le théâtre craint les pressions régionales
Des professionnels redoutent `la fin de la gestion associative.
Par René SOLIS
«Une page est en train de se tourner dans la conception de la culture par l'Etat. Depuis près de cinquante ans, celui-ci était censé préserver l'indépendance de la création. Aujourd'hui la porte est ouverte à toutes les dérives. Il s'agit d'un véritable enjeu politique et d'un choix de civilisation.» C'est au Théâtre du Rond-Point à Paris qu'Ivan Morane, président de l'association Scènes nationales, qui regroupe la majorité de ces quelque soixante-dix établissements publics répartis sur tout le territoire, a lancé hier ce cri d'alarme.
Paradoxe : ce n'est ni la crise des intermittents, ni les incertitudes budgétaires qui alimentent cette fois l'inquiétude des responsables de théâtres publics, mais la mise en application d'une loi votée sous le gouvernement Jospin à l'initiative du sénateur communiste du Nord Ivan Renar. Celle-ci visait à créer des Etablissements publics de création culturelle (EPCC), nouvelle structure juridique censée offrir plus de rigueur et de transparence dans la gestion des entreprises culturelles que le statut associatif généralement en vigueur. Or, estiment les responsables des Scènes nationales, la perte du statut associatif pourrait se révéler lourde de dangers, notamment en écartant des conseils d'administration les représentants de la société civile (public, adhérents, fondateurs).

Lire la suite…


Depuis (en juillet 2006) le président Ivan Morane a quitté (volontairement) la scène nationale qu’il dirigeait à Albi. La dernière livraison de la Lettre du spectacle (7 septembre 2007) lui consacre sa rubrique Que sont-ils devenus ?
Il a décidé de se remettre à l’épreuve comme metteur en scène et comme comédien : « C’est une question de priorité d’existence ».
Du coup, il se trouve confronté « à l’âpreté des questions de diffusion ».
Depuis que j’ai quitté Albi, je n’ai pas vu un programmateur de scène nationale ! Nous avons été un mois à Paris et aucun n’a répondu à mes courriers. Ici, à Avignon, il y a trois à quatre diffuseurs par jour dans la salle, mais pas un directeur de scène nationale n’est venu. Alors même que je me suis battu pour eux, que j’ai obtenu une modification de la loi sur les EPCC !

Souffle, souffle, vent d'hiver ; tu n'es pas si cruel que l'ingratitude de l'homme.

[William Shakespeare]
Extrait de Comme Il vous plaira

12 juillet 2007

Ralliez vous à son panache...

Poubelle

C’était mieux avant.

Quoi ?

Tout !

Tout ?

Oui, tout. Même les choses les plus banales,  les plus triviales. Prenez les poubelles par exemple. Pas les parallèlepipèdes en plastique aux couleurs criardes d’aujourd’hui.

Non. Des poubelles cylindriques en métal avec un couvercle muni d’une poignée qu’on pouvait séparer du corps de l’objet.

Un couvercle de poubelle d’une main, un manche à balai de l’autre et vous étiez Richard Cœur de Lion ou Ivanhoé.

Ou Don Quichotte (mais ça c’est une autre histoire).

D’accord, admettons, c’était mieux avant. Mais pourquoi les couvercles de poubelle justement aujourd’hui?
Parce que le bouclier est à la mode en ce début d’été pourri, vous n’avez pas remarqué?
Après le bouclier fiscal (pour les riches) et le bouclier sanitaire (pour les pauvres), voici le bouclier artistique
(pour tout le monde).

Rien à voir (encore que…) ; une note très documentée sur la captation du spectacle vivant sur CultureCom

01 juin 2007

Exercices de style

Des relations entre les rituels funéraires et les routines administratives.

De la continuité de l'Etat

Thtre

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Hommage de Christine Albanel, ministre de la Culture et de la
Communication, porte-parole du Gouvernement , à Jean-Claude Brialy

jeudi 31 mai 2007


Avec Jean-Claude Brialy, disparaît peut-être le favori de nos comédiens, un artiste simple et absolu dont le talent marchait à l’unisson du coeur et qui aura tissé avec ses compatriotes un lien de complicité exceptionnel.

Le public aimait l’intelligence mêlée de drôlerie de ce séduisant « Beau Serge » qui depuis 1958 n’a plus jamais quitté la scène. Il était partout chez lui, partout à la fois : au cinéma, au théâtre et à la télévision, cultivant tous les genres, créant des festivals et ouvrant son propre théâtre des Bouffes Parisiens. Son élégance légendaire a rayonné sur les films de Renoir et Chabrol, Louis Malle et Claude Miller ; illuminé la vie mondaine parisienne et pénétré dans tous les foyers grâce à ses nombreuses causeries télévisées.

Avec les années, ses rôles s’étaient approfondis jusqu’à devenir de plus en plus tendres et paternels.

Il nous laisse tristes, mais riches d’une oeuvre magnifique qui, par son humanisme, a valeur d’avenir. Une oeuvre à la croisée des chemins, entre poésie et entreprise, enfance et maturité, rire et délicatesse. L’oeuvre du « Bon petit diable » qu’il avait réalisé avec Alice Sapritch, et qu’il était luimême.

Premier Minsitre

Communiqués

31-05-2007 10:29

Décès de Jean-Claude Brialy

C’est avec beaucoup de tristesse que le Premier ministre, François Fillon, a appris le décès de Jean-Claude Brialy. Il tient à saluer la mémoire d’un des acteurs les plus accomplis de la scène française.
Pour toute une génération, il restera l’acteur élégant du « Genou de Claire », d’Eric Rohmer, le jeune homme fougueux du « Beau Serge » de Claude Chabrol, une incarnation de la Nouvelle Vague qui avait su évoluer avec son temps, déployant toute la palette de ses talents dans le cinéma populaire autant que dans les films d’auteur. Sa courtoisie, son humour, son talent de conteur en avaient fait un des artistes préférés des Français, comme l’a montré le succès de son livre de souvenirs, chronique savoureuse d’une vie éclectique et passionnée. Travailleur acharné, il était aussi un réalisateur, un directeur de théâtre et de festival plein de fougue.
Le Premier ministre adresse ses condoléances et sa sympathie à ses proches
.

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE 


Paris, le jeudi 31 mai 2007

COMMUNIQUE 

Réaction de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République 


C'est avec une immense tristesse que j'apprends la mort de C'est avec une immense tristesse que j'apprends la mort de Jean-Claude Brialy.


Avec la disparition de ce grand comédien, ce grand acteur, mais aussi cet entrepreneur, réalisateur, directeur de salle et de festival, disparaît aussi un humaniste gourmand et un mémorialiste inépuisable, une sentinelle de la nuit, de la fête et de la poésie. Depuis « Eléna et les hommes » de Jean Renoir et « Le Beau Serge » de Claude Chabrol, il aura incarné la nouvelle vague et habité un demi-siècle de cinéma, imprégnant près de 200 films de sa générosité, son humour, sa finesse et sa légèreté. Il aura conjugué sans cesse, de Rohmer à Broca, de Luis Buñuel à Claude Zidi, le cinéma d'auteur et le cinéma populaire. Par ses réalisations cinématographiques et télévisuelles, il aura mis sa passion de l'histoire et de la littérature au service du public le plus large.


En nous quittant aujourd'hui, nous nous disons tous qu'il emporte avec lui encore bien des histoires et bien des richesses, et qu'il sera à jamais celui qui a « oublié de nous dire··· ».

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Remarque : les fautes de frappe et coquilles figurant sur les sites officiels ont été conservées. Elles témoignent de la course de vitesse qui s'engage, dans ces tristes circonstances, au sommet de l'appareil d'Etat. = = = = =

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03 mars 2007

Portrait de l'artiste en intellectuel

referencement google 
La chose artistique (8)
Hier encore, j'ai reçu un message qui m’interpellait 
sur la grande absente de la campagne, la culture
Voilà le discours de Pascale Ferran aux Césars 2007 à propos de la lutte des Intermittents 
et plus largement de l'évolution du cinéma et de la politique culturelle 
bien absente du débat en ce moment....!
 C'est synthétique, intelligent et juste.
 


Voila deux mois que j’entends cette litanie sur la présence/absence de la culture dans le débat présidentiel.

Selon loizorare, la campagne accélère et il cite un certain nombre de rendez-vous et de rencontres à venir. Peut-être que l’un ou l’autre des candidats se retient et attend le moment opportun pour frapper les esprits en mettant la question au cœur de son projet, de son contrat ou de son pacte. On peut rêver, non ?

Mais que veut dire Pascale Ferran lorsque pendant la grande fête annuelle de la belle famille du cinéma (les professionnels de la profession, selon Godard), elle déclare en conclusion :

C’est aussi une question de volonté politique : elle est, aujourd’hui, désespérément muette. Il reste cinquante-cinq jours aux candidats aux élections présidentielles pour oser prononcer le mot culture.

Certes, mais ça dépend comment on le prononce et dans quel contexte J’ai ironisé ici même sur la rencontre organisée au Sénat par le candidat qui murmure à l’oreille des chevaux (en béarnais) parce qu’il l’avait intitulée : Rencontre avec les acteurs du monde de la culture.

Et bien, je demande pardon au candidat démocrate chrétien. En effet, le dossier consacré le 20 février dernier par le journal l’Humanité emprunte le même vocabulaire.
Par exemple, dans son éditorial Pierre Laurent écrit :

Lancé à l’automne par la revue Cassandre pour tirer la sonnette d’alarme sur la faiblesse du débat culturel dans l’élection présidentielle, un appel aux candidats s’est couvert en quelques semaines de plus de 1200 signatures de personnalités du monde de la culture.

 

Quant à M.J.S. (1)., il (ou elle) rend compte des rencontres organisées au théâtre d’Aubervilliers (2) en ces termes :

Quand les acteurs de la culture s’interrogent

Rencontre à Aubervilliers entre artistes et hommes politiques. La grande salle du théâtre de la commune d’Aubervilliers est pleine à craquer. Ce soir-là, il s’agit d’évoquer « quelle politique pour la création artistique en France ». Étaient conviés des artistes et, bien sûr, des hommes politiques

Toujours ces «acteurs de la culture . Ca veut dire quoi, au juste ?

On peut en avoir une petite idée en consultant la liste des  signataires de l’appel aux candidats lancé par Cassandre.

NOUS INTERPELLONS AUJOURD'HUI CHAQUE CANDIDAT POTENTIEL AUX ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES FRANÇAISES SUR SA TRÈS GRANDE RESPONSABILITÉ EN CE MOMENT HISTORIQUE

Nous sommes particulièrement inquiets de l’absence de véritable projet culturel dans les différents programmes des candidats aux élections françaises. La France est le pays du monde occidental où, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un certain nombre de combats menés par des acteurs de toutes sensibilités politiques, ont permis à un service public de la culture assez exemplaire de se développer.

Lire l’appel et la liste des signataires.

Ces acteurs de la culture sont pour l’essentiel des artistes, des professionnels de l’action culturelle, quelques responsables d’institutions, des intellectuels ou des citoyens

Et jeudi dernier, coup de théâtre, l’hebdomadaire social traître Le Nouvel Observateur publie un texte signé par 150 intellectuels invitant à voter pour la candidate socialiste dès le premier tour. L’affaire avait été préparée par un Rebond de Jacques Julliard dans Libération (tout aussi social traître, mais en plus quotidien) où il expliquait en substance que ses collègues, les intellectuels compliquaient très inutilement les choses et que le seul choix pour battre Nicolas c’était Ségolène. (2).

Considérons la liste des 150 intellectuels. On y trouve Jacques Audiard (un collègue de Pascale Ferran), Samuel Benchetrit, Dominique Besnehard, Didier Bezace, Patrice Chéreau, Bernard Faivre d’Arcier, Anouk Grinberg, François Marthouret, Arianne Mnouchkine, Bernard Murat, Jean-Paul Scarpitta…

De deux choses l’une : ou je ne sais plus compter jusqu’à 150, ou je ne sais pas ce que c’est qu’un intellectuel (déjà que je ne savais pas ce que c’est que ce monde de la culture)

Ce que je sais c’est que ces 150 noms ne viennent pas du seul carnet d’adresse de l’intellectuel tendance « deuxième gauche »chroniqueur au Nouvel Observateur. Il a été aidé c’est sûr. Les plus perspicaces chercheront le nom de la personnalité du « monde de la culture » absente de liste (c’est le contraire de La lettre volée, d’Edgar Poe).

Avant de comparer la liste des 1637 personnalités du monde de la culture qui ont signé l’appel de la Revue Cassandre avec celle de nos 150 artistes-intellectuels, d’importantes précautions linguistiques, épistémologiques et historiques s’imposent.

Il s’agit de deux exercices démocratiques obligés différents : dans le premier cas, une interpellation lancée par un « monde », (un secteur de la société, un groupe de pression, une corporation, un front, un forum, un comité de salut public ???) à des candidats à l’exercice du pouvoir. Dans l’autre un groupe de « personnalités » (qui a choisi, en l'occurence, de se présenter sous l’étiquette d’intellectuels afin de rendre public son soutien à l’un des candidats. Cette démarche est supposée lui rendre service en mobilisant un capital de notoriété, de compétence, de conviction et d’engagement.

D’où une perplexité possible sur l’usage des mots et des mondes sociaux qu’il tentent de désigner.

S’agissant des intellectuels la place manque ici pour rappeler comment cette catégorie est constitutive d’une exception française liée à une histoire qui commence, bien avant l’affaire Dreyfuss par les origines culturelles de la Révolution française (voir le livre de Roger Chartier qui porte ce titre) et la construction d’une opinion publique.

Pour le monde de la culture, tel qu’on le désigne selon les conventions linguistiques en usage, c’est beaucoup plus récent, moins enraciné et relève pour l’essentiel, de la généalogie du divorce entre l’éducation populaire et les « affaires culturelles » initié par André Malraux (artiste et intellectuel mais pas de gauche).

Mais, pour en revenir au texte des 150 en faveur de la candidate du PS , Ariane Mnouchkine avec Jean-Pierre Azéma (historien), Anouk Grinberg avec Maurice Godelier (anthroplogue), Sarah Moon avec Julia Kristéva (universitaire-psychanalyste), Helène Cixous avec Thomas Piketty (économiste), ça rappelle quand même de bons souvenirs.

Et un passé peut-être révolu.

Celui où le Parti communiste français avait ses intellectuels et ses artistes solidaires et compagnons de route : Picasso et Henri Wallon , Aragon et Paul Langevin, Yves Montand et Jean-Paul Sartre.

Cela aussi appartient à notre histoire même si, comme l’écrivait Simone Signoret (très bienvenue en ce point de la démonstration) la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

Pour l'instant, je ne veux retenir qu’une chose : la fidélité critique à notre histoire (nécessairement conflictuelle donc, pourquoi pas à nos histoires respectives) nous autorise à être impitoyables avec les routines sociales et langagières. Elles seules rendent possible le vain « dialogue » entre la grandiloquence des politiques et le pathos des artistes qui assigne les citoyens à la position de spectateurs.

*** *** ***

(1)     Désolé, je ne connais pas le nom de tous (toutes) les journalistes de l’Humanité et, pour la deuxième fois je demande pardon.

(2) J’ai bien  écrit Ségolène et pas Pimprenelle : encore un indice !

(3) Cette même rencontre qui a donné lieu à un post très irrespectueux envers « les cultureux ».

______________________

Arcadi_77_35

Referencement ADIFCO
Référencement Internet

21 février 2007

La chose artistique (7)

L’objet de ces notes est d’éclairer la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines en s’intéressant aux choses concrètes, simples et banales que produit l’habitus des acteurs du monde culturel. Et de décrire la chose artistique en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, d’interroger la surface des choses de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion. Comme un roman est un miroir qu’on promène le long d’un chemin, je m’oblige à porter une attention oblique et distraite au monde et au quotidien.

Résumé des chapitres précédents

La chose artistique (1)

La chose artistique (2)

La chose artistique (3)

La chose artistique (4)

La chose artistique (5)

La chose artistique (6)

Trouvé sur le blog Betapolitique

***

Les cultureux

Pierre Bastogne

Théâtre de la Commune, Aubervilliers, 12 février 2007

Ce qui est fatigant avec les cultureux, c’est qu’ils pensent que parler de culture c’est parler d’eux : les professionnels de la profession. Leur raisonnement, quand il est caricatural, devient tautologique : il faut défendre et protéger les cultureux au nom de la diversité culturelle… des cultureux. Puis il y a les artistes. Les artistes ne sont pas nécessairement des cultureux. Mais il y a des artistes cultureux. Ce ne sont pas nécessairement de mauvais artistes. Ce ne sont pas nécessairement non plus de bons artistes. Ce sont dans tous les cas des artistes légitimes, légitimés par la bureaucratie culturelle.

Le cultureux est le plus souvent un bureaucrate culturel, dans un bureau ou sur la scène ou dans un théâtre, une association, une maison de production. Le cultureux, outre ses tâches parfois utiles de bureaucratie culturelle, a pour principale mission de contrôler. Il contrôle que les activités de la Nation sont bien conformes au dogme cultureux.

Quand on n’est pas d’accord avec le cultureux bureaucrate, il se fâche, hausse le ton et en appelle aux ancêtres : Malraux, Vilar, Vitez. Ce recours aux ancêtres prend alors un faux air de malédiction. Le contradicteur, qui n’est d’ailleurs parfois que potentiel, est renvoyé aux affres du vulgaire et de l’avilissement du peuple. On manie la menace, on s’adresse à ceux qui voudraient abandonner le culte, ils sont excommuniés. Ça ne dérange pas grand monde. Ceux qui voudraient abandonner le culte sont rarement dans la salle ou s’exprime le bureaucrate cultureux.

Et pendant ce temps il y avait la banlieue grise de la chanson de Piaf citée par une artiste, et pendant ce temps il y avait la ville et puis le monde et tout cela changeait, vivait, espérait, chaque jour plus indifférent aux activités de ce qui avait été un temps porteur de changement, de vie, d’espoir. Pendant ce temps… ailleurs, la vie, le présent, l’avenir.

Arcadi_77_25

20 février 2007

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes

Snat

La journée a commencé par quelques coups de fil de désistement, venant d'artistes soutenant habituellement le PS. Annoncés au programme de la "journée de dialogue avec le monde de la culture" organisée par l'UDF au Sénat, samedi 17 février, l'écrivain Jorge Semprun et le comédien Pierre Arditi, entre autres, se sont excusés. "Certains nous ont dit qu'ils n'avaient pu résister à d'amicales pressions", a ironisé François Bayrou, tout vêtu de noir.

Ainsi commence l'article de Clarisse Fabre intitulé Opération séduction en direction des artistes qui se termine ainsi :

"Je ne suis pas encore prêt à voter Bayrou...", a réagi un responsable de la culture, déçu. Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef de Mouvement, revue dédiée aux arts vivants, s'y apprête. "J'ai décidé de voter Bayrou, pas UDF. Ma famille est communiste. Et je reste profondément de gauche", a-t-il indiqué, après avoir donné ses coordonnées au candidat.

Deux informations importantes sur la chose artistique :

a) lorsqu'il cherche à séduire le monde culturel, l'homme qui parle à l'oreille des chevaux en béarnais s'habille en noir

b) la famille de Jean-Marc Adolphe est communiste et il reste profondément de gauche.

***===***

Loizorare était aussi au Sénat samedi dernier et il témoigne.

Du coup il s'est fendu d'une lettre ouverte à Ségolène et François où l'on peut lire ceci :

Enfin, je vous aurais mis en garde contre la tentation de croire que l’éducation artistique et culturelle, pour laquelle je milite activement, serait une panacée. Je vous aurais rappelé que les plus grands dignitaires nazis avaient tous reçu une excellente éducation artistique et que bien des barbares de ce monde se délectent parfois de musique ou de peinture

Lire la lettre...

Arcadi_77_29

17 février 2007

Derniers jours de l'année du chien

20070104_041217_kak

Dessin trouvé sur le blog d'Antoine.

Je n'étais pas à la rencontre organisée au Sénat par François Bayrou avec "les acteurs du monde culturel" (sic).

Par contre, je suis allé au ciné voir La vie des autres, un film allemand qui raconte l'histoire d'un auteur de théâtre et de sa compagne, une actrice, espionnés par la STASI dans l'ex-RDA. Soit, la chose artistique dans un régime totalitaire. C'est rare que je fasse ça mais je conseille.

*** === ***

Dans le grand quotidien du soir un entretien avec Emmanuel Wallon

16 février 2007

La chose artistique (6)

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Résumé des chapitres précédents.

L’objet de ces notes est d’éclairer la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines en s’intéressant aux choses concrètes, simples et banales que produit l’habitus des acteurs du monde culturel. Et de décrire la chose artistique en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, d’interroger la surface des choses de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion. Comme un roman est un miroir qu’on promène le long d’un chemin, je m’oblige à porter une attention oblique et distraite au monde et au quotidien.

Transition super fastoche (la honte !) : il ne s’agit aujourd’hui de rien de plus que de lire le grand quotidien du soir dans son édition datée du vendredi 16 février.

Chapitre 6.

Comme tout les jeudis, il y a un supplément Le Monde des livres et en page 2 de ce supplément une lettre de Danièle Sallenave écrivain et membre du jury Femina.

Elle n’est pas contente parce que dans un débat, elle s’est fait traiter de « réactionnaire » et que Le Monde s’en est fait l’écho. Elle tient à s’expliquer.

Qu’avais-je dit en préambule ? (…) Qu’il me paraissait hasardeux et peut-être inutile de débattre du roman sans questionner la dérive qui a fait sombrer « l’art » dans « la culture » et « la culture » dans « l’animation culturelle ». (..) j’évoquais la difficulté où se trouve chacun (et pas seulement l’ « écrivain ») à conserver l’ombre d’une singularité, et l’espace nécessaire à une pensée libre, lorsqu’on est à toute heure soumis au bavardage généralisé de la société de divertissement, qui gave, menace, punit, récompense et console dans une même sollicitude étouffante de « mère mortifère », et qu’on se voit livré au règne et à la domination de ses pulsions dans un devenir où toute sublimation devient impossible, qu’elle soit artistique ou politique.

Page 27 du même Le Monde, dans la rubrique Culture un article de Fabienne Darge, consacré au spectacle « Cap au pire » qui se donne au Théâtre de l’Atelier commence ainsi :

Depuis plusieurs années, Sami Frey poursuit une oeuvre un peu particulière : celle d’un lecteur d’exception. Tout amoureux de la littérature, dans le secret de sa chambre, compose une œuvre intime et étrange –car, oui, la lecture est un art- qui se rapproche à bien des titres de celle du comédien.

© Le Monde.fr

La page d’avant, page 26, sous le titre “Candidats,  exprimez vous! ” est ainsi surtitrée :

Pétition, débats, appels. Le monde de l’art s’inquiète du silence des politiques avant l’élection présidentielle.

Vérifiez en cliquant ci-dessous qui appartient et qui n'appartient pas au monde de l’art.

Candidats, exprimez-vous !
LE MONDE | 15.02.07
***

A la fin de l’article principal de ce dossier, on nous explique que le nouveau président du Syndeac observe une souffrance chez les artistes.

Si j’ai bien lu ce dossier, les citoyens n'ont pas l'air de faire partie du monde de l’art contrairement aux amoureux de littérature qui ressemblent à Sami Frey. Et je ne parviens pas à comprendre s’ils souffrent de la même souffrance que celle analysée par Madame Sallenave, d’être livré au règne et à la domination de ses pulsions dans un devenir où toute sublimation devient impossible, qu’elle soit artistique ou politique.

Sur la différence ou non entre les citoyens ordinaires et moins ordinaires et dans les pages Débats, pages 19 et 20 du même numéro, M. Eric Debarieux, sociologue à l’Université de Bordeaux II et M. Yves Sintomer, professeur de sociologie à l’Université de Paris VIII ne sont pas d’accord, mais alors  pas du tout.

Pour le premier (Peuple « d’en bas » contre intellos d’en haut) : l’éviction des chercheurs des débats électoraux est stupide et humiliante. Pour le seconrd (Tordre le cou aux contrevérités) : Non, la « démocratie participative » n’est pas qu’un slogan électoral. L’histoire de cette notion remonte aux années 1960., 

Qui a raison ?  Qui a gagné?

Paris 8 ;  Bordeaux 2,  y a pas photo même si l’arbitre a sifflé un penalty litigieux. Non ?

Arcadi_77_27
©

10 février 2007

La chose artistique (5)

Lors d’un certain nombre de débats ou rencontres auxquels j’ai participé ces derniers temps, j’ai entendu à plusieurs reprises des voix s’élever pour qu’on cesse d’entretenir la confusion entre l’artistique et le culturel.

Je crois comprendre à peu près l’inquiétude qu’elles manifestent devant les problématisations approximatives qui marquent aujourd’hui le débat sur les politiques culturelles et le soutien à la création.

N’empêche, je reste très perplexe. Je ne suis pas sûr que cette tension entre art et culture puisse ou doive être dépassée. Ou pour le dire autrement, je crois que je n’aimerais pas vivre dans une démocratie ou quelqu’un (qu’il soit universitaire, critique d’art, philosophe, ministre ou fonctionnaire) pourrait s’arroger le droit d’imposer une distinction entre artistique et culturel.

Cette tension et l’incertitude qui en découle ont partie liée avec la question de la démocratie (ni mécénat monarchiste, colbertiste ou jacobin, ni réalisme socialiste).

Mais c’est d’abord pour des raisons sémantiques et historiques que le désir de protéger la pureté de l’artistique contre la contagion du culturel relève plus de la nostalgie que du projet.

Rey Alain Rey, lexicologue distingué conclut ainsi l’entrée Artiste de son Dictionnaire culture en langue française :

Ainsi, à partir des notions d’ « artisan supérieur » ou de « créateur esthétique » (milieu du XVIIIè siècle à 1810-1820), jusqu’à la puissance quasi-emblématique du mot à l’époque romantique, de celle-ci aux modulations de la modernité créatrice (en France, Baudelaire,  ensuite Huysmans ou Villiers de l’Isle-Adam), puis aux révolutions esthétiques et conceptuelles du XXè siècle, le signe artiste –avec ses équivalents en d’autres langues- a résisté  mais a perdu une part de ses prestiges. Toutefois, les pouvoirs d’un mot sont fondés sur les habitudes et les fantasmes qui se nourrissent d’ambiguïtés. Aujourd’hui que des créateurs proclament que l’art est partout, que le moindre déchet urbain est un objet de l’art, quand les philosophes voient (après Valéry) l’art dans le savoir, lorsque savoir et argent envahissent l’art, où est l’« artiste » ?

Les réponses sont nombreuses, contradictoires, toutes contestables. Les suggestions les plus justes sont peut-être celles qui viennent des artistes eux-m^mes, tel ce projet de l’architecte Robert Filliou pour les toilettes du musée d’Etat de Müchengladbach (1969), qui réjouira sans doute les lacaniens par les trois portes déplaçant la barre du signifiant » : men, women, artists.

Arcadi_77_30

09 janvier 2007

La chose artistique (4)

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L’objet de cette série de notes est de s’interroger sur la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines. Et de conduire cette enquête en s’intéressant aux choses concrètes, simples et banales que produit l’habitus des acteurs du monde culturel. De dégager la chose artistique de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.)

Résumé des chapitres précédents

Au séminaire, il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote (Stendhal).

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Il existe en langue italienne une forme de tutoiement qui n’est pas intime : c’est un simple tutoiement entre les compagnons d’une même profession, analogue au tutoiement banal qu’utilisent entre eux, souvent, en langue française, les gens de spectacle : les gens de la chanson, les gens du cinéma, les musiciens (Jean-Patrick Manchette).

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La gauche devrait remettre en cause cette organisation de la culture et prendre ses distances avec des pièges idéologiques tels que l’acriticisme du créateur individu, ou l’illusion que le soutien financier de l’État à quelques barons du théâtre, serait un combat contre l’uniformisation américaine. (Franck Lepage)

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Aujourd’hui, ma modeste contribution aux gender  studies.

Tout commence en 1981.

Ce gouvernement compte non pas un mais quarante-quatre ministres de la Culture. Chacun de leurs actes a valeur d’acte de civilisation. Culturelle, l’abolition de la peine de mort ! Culturelle, la réduction du temps de travail ! Culturel, le respect du tiers-monde ! Culturelle, la reconnaissance du droit des travailleurs ! Culturelle, l’affirmation des droits de la femme !

Jack Lang, discours à l’Assemblée nationale (17 novembre 1981), publié dans Cultutre publique Opus 1, page 40 et cité par Mathilde Priolet « Les pratiques culturelles et l’éclipse du politique », La Scène, n° 43, décembre 2006.

L’envolée lyrique était justifiée. Nous passions de l’ombre à la lumière, rien de moins. 15 ans après le caractère éminemment culturel de l’affirmation des droits de la femme bute sur le droit des femmes à exercer des responsabilités dans le domaine de l’art et de la culture, comme le montre le rapport remis par Reine Prat à la DMDTS à l’automne dernier. Rapport dont le nouveau président du Syndeac rappelle l’essentiel, avec une grande pertinence, dans son éditorial de Des mots & Débats n° 22 - décembre 2006 (publié sur le site du Syndeac).

Masculin - Féminin

Les études ont souvent pour destin les étagères du service des archives. Il serait bien que le sort de celle dont nous allons ici parler y échappe. Ou alors après avoir marqué les esprits et suscité interrogations et remises en cause. Si ces quelques lignes peuvent y aider, cet éditorial n'aura pas été inutile. Il est donc un rapport* rédigé par Reine Prat qui analyse la place des femmes dans nos professions. Dire d'abord qu'il est suffisamment bien écrit pour que l'on s'y plonge, suffisamment court pour être lu de bout en bout, suffisamment clair pour être compris, suffisamment chiffré pour être édifiant, suffisamment réaliste pour que ses propositions et pistes de réflexion soient suivies. De son contenu, nous retiendrons cette simple information: 27% des officiers de l'armée française sont des femmes. Pour une femme, il est donc plus facile de diriger un corps d'armée que de diriger un théâtre institutionnel (8%) ou un orchestre (6% des concerts programmés dans nos institutions). L'armée est moins misogyne et ségrégative que le monde artistique. De quoi perturber plus d'un rétif à l'uniforme. Évidemment, ça rend modeste. Claire Lasne**, citée dans ce rapport, le dit à sa façon. "Nous vivons dans un petit monde, construit sur des lois artificielles, et qui ne correspond en rien à la population à qui nous sommes censés nous adresser". Le propos peut paraître entier et par trop exagéré. Ce n'est pas le constat implacable mis en évidence par ce rapport qui va lui donner tort. La femme est peut-être l'avenir de l'homme. Manifestement, pour le spectacle vivant, il y faudra un peu de temps et beaucoup de volonté.

Francis Peduzzi

*Il est intitulé Mission EgalitéS, Pour une plus grande et une meilleure visibilité des diverses composantes de la population française dans le secteur du spectacle vivant, Pour l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation. Le titre est long mais a l'avantage de bien expliciter son sujet. Ce rapport est le téléchargeable en marge.

** directrice du centre dramatique régional de Poitou-Charentes, lettre du 14 décembre 2005, extrait

Alors ? Exagéré le propos de Claire Lasne ? « … un petit monde, construit sur des lois artificielles » n’est-ce pas une autre manière de parler des us et coutumes, de l’habitus du monde artistique, un signe en direction de la chose artistique?

Mais il y a plus concret encore.

Dans sa livraison de septembre 2006, La Scène a justement publié un dossier « La Culture au masculin » à partir de ce même rapport de Reine Prat

A l’appui de l’analyse d’Anne Quentin, en encadré, un témoignage « malheureusement anonyme car il est impossible de dénoncer encore aujourd’hui les auteurs de telles pratiques qui bien entendu ne se laissent jamais aller à de tels propos publiquement ».

Lors d’une fête de fin de saison en Ile-de-France, réunissant directeurs de lieux, compagnies et acteurs culturels, tous un verre à la main, l’occasion de se rencontrer, de prendre des contacts, de discuter. Je me retrouve nez à nez avec le directeur d’un CDN dans lequel j’ai travaillé deux mois auparavant. On se salue. Je lui fait part de mon intention de l’appeler à  la rentrée, pour prendre rendez-vous afin de lui parler de mon projet en cours (une piève à moi que je veux monter). Il recule, gêné, me dit qu’il a beaucoup de dossiers à gérer. J’insiste un peu en lui disant que tout cela je le sais, mais que venant de travailler dans le lieu qu’il dirige (un lieu public) il me semble logique et légitime de lui demander ne serait-ce qu’un rendez-vous. La réponse arrive : "Je sais que tu as un beau cul mais je ne connais pas ton travail ». Ce qui s’est passé dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur à ce moment-là est difficile à décrire. Un coup de poignard. La honte aussi. Honte d’avoir été déshabillée sans l’avoir choisi, de voir mon cul, ni, posé sur la table, comme dit Genet – oui, les mots ont ce pouvoir-là, de faire exister les choses. Il y a la colère aussi et le chagrin. Je me souviens que mes mâchoires se sont serrées. J’ai répondu sèchement, une pauvre réponse raisonnable : "Eh bien justement, tu peux lire.Il y a une pièce et un dossier ? Au moins tu connaîtras mon travail ».

Choquée, je suis aussitôt allée voir les copains. Je leur raconte la scène, à chaud, de plus en plus outrée. Au-delà de ma blessure de femme, je répète : « C’est un directeur de lieu public qui parle comme cela à une artiste défendant son travail ». Les copains compatissent, sans plus. Beaucoup me disent : « ben oui, c’est bien connu dans le métier, on sait qu’il est comme ça, un peu libidineux ». Et la fête continue.

L’occasion rêvée de conclure comme Alexandre Vialatte « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » !

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05 janvier 2007

La chose artistique (3)

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Résumé des chapitres précédents :

Au séminaire, il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote (Stendhal).